Sirtam Beat livre sa réflexion sur le hip-hop et son industrie

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On se rappelle de Nos Connes Doléances de Keurgui , sorti en 2008. À l’époque, c’était l’un des albums les plus vendus de l’histoire de la musique sénégalaise. Je ne dis même pas seulement de l’histoire du rap. Et pourtant, c’était un album 100 % engagé. Des thèmes de société, des messages forts, des réalités que tout le monde pouvait comprendre.

Aujourd’hui, tout le monde le dit et tout le monde l’accepte : les jeunes font mieux musicalement . Ils ont plus de qualités techniques, de meilleures productions, de meilleurs arrangements, une meilleure maîtrise de l’image et parfois même une meilleure compréhension de l’industrie.

Mais il y a quand même une question qui me revient.

Dernièrement, on a beaucoup caricaturé ce qu’on appelait le rap de concept, le rap engagé. On se moquait de ces rappeurs qui disaient : « Nous ne sommes pas venus pour l’argent, nous sommes venus pour le concept, pour une mission ». Pour eux, le rap était une mission.

Leur seul tort, peut-être, a été de ne pas avoir compris qu’on pouvait être en mission, construire une industrie autour de cette mission et aussi gagner de l’argent.

Aujourd’hui, le débat autour du rap tourne beaucoup autour de l’industrie, des chiffres, du King, du Number One, de qui domine qui. Mais force est de reconnaître que le rap avait autrefois un impact social beaucoup plus large.

Des thèmes comme Dieynaba de Pat Ghetto , les textes de KeurGui, Diangoro Diamono de Gaston, et beaucoup d’autres morceaux parlaient directement aux gens. C’étaient des sujets de société accessibles. Même quelqu’un qui n’était pas forcément amateur de rap pouvait écouter, comprendre et se sentir concerné.

Ces thèmes existent encore aujourd’hui, bien sûr. Mais souvent, ils sont abordés de manière beaucoup plus métaphorique, beaucoup plus codée. Et même lorsqu’ils sont pertinents, ils restent parfois enfermés dans un public déjà acquis au rap.

Alors je me pose cette question : qu’est-ce qui s’est passé ?

Est-ce que l’évolution du rap est devenue un couteau à double tranchant ?

Plus on évolue, plus on a de bons sons, de bons artistes, de meilleurs rappeurs, de meilleures productions, plus l’industrie se structure… mais est-ce qu’en même temps, on ne s’éloigne pas de cette capacité qu’avait le micro à parler directement à la société ?

Le problème n’est pas de dire que les anciens étaient meilleurs. Ce serait faux. Le rap a évolué, et c’est une bonne chose.

Mais peut-être qu’il faut simplement se demander si progresser artistiquement et industriellement doit forcément nous faire perdre une partie de cette mission sociale.

“We entertain and educate when we” celebrate…« Nous divertissons et éduquons lorsque nous célébrons. » ça fait réfléchir !

Parce qu’au fond, le hip-hop n’a jamais été seulement une musique.

Le vrai défi aujourd’hui, c’est peut-être de réussir à avoir les deux : le rap comme industrie et le rap comme mission.

La culture urbaine qui nous rapproche

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