Babacar Mané : l’artiste qui réinvente le corps et brise les frontières
Avec un parcours riche et une vision profondément ancrée, Babacar Mané incarne cette nouvelle génération d’artistes africains qui redéfinissent les contours de la danse….
Dans le paysage en pleine mutation de la danse contemporaine sénégalaise, Babacar Mané s’impose comme une voix singulière, à la croisée des disciplines et des sensibilités. Danseur, chorégraphe et artiste visuel, il développe une pratique hybride où le corps devient à la fois terrain d’exploration, archive vivante et espace de transformation.
Dès ses débuts, c’est pourtant dans l’univers du rap, en banlieue dakaroise, que Babacar Mané fait ses premiers pas artistiques. Comme beaucoup de jeunes de sa génération, il trouve dans cette culture un moyen d’expression brut, ancré dans le réel. Mais en 2010, une rencontre décisive avec le mouvement hip-hop et l’univers des battles vient redéfinir son rapport à l’art. La danse devient alors un langage, une nécessité, presque une urgence.

Très vite, il comprend que le talent seul ne suffit pas. Animé par une réelle volonté de professionnalisation, il enchaîne formations, stages et expériences scéniques. En 2015, il dévoile son premier solo, JE, TU, ILS, une pièce forte qui marque les esprits sur la scène nationale et le propulse jusqu’en finale du concours « Simply the Best », initié par le chorégraphe Serge Aimé Coulibaly. Une reconnaissance précoce qui confirme son potentiel et sa singularité.
Son entrée à l’École nationale des Beaux-Arts du Sénégal en 2016 marque un tournant majeur. Il y affine son écriture chorégraphique, explorant aussi bien les techniques contemporaines, modernes que classiques, tout en s’imprégnant des danses traditionnelles africaines. Diplômé major de sa promotion en 2020, Babacar Mané affirme une identité artistique riche, nourrie de multiples influences et d’un profond ancrage culturel.
Mais au-delà de la technique, c’est sa vision du corps qui distingue son travail. Pour lui, le corps n’est pas qu’un outil de performance : il est mémoire, tension et transformation. À travers le mouvement, il interroge les notions de présence, de vulnérabilité et de résistance. Ses créations explorent les forces invisibles qui traversent les individus — héritages culturels, structures sociales, imaginaires collectifs — donnant naissance à une danse organique, instinctive, presque viscérale.



En 2021, il signe ENTRE 2 JEUX, une création saluée et soutenue par le programme « Visa pour la création » de l’Institut français de Paris. Deux ans plus tard, il co-crée une pièce en duo, récompensée à Milan dans le cadre du programme PimOff, aujourd’hui en tournée internationale. Une trajectoire qui témoigne de son ouverture au monde et de la portée universelle de son langage artistique. Parallèlement à ses créations, Babacar Mané s’impose également comme interprète sur des scènes prestigieuses. Il rejoint notamment le Tanztheater Wuppertal en Allemagne et participe à la reprise du mythique Sacre du printemps de Pina Bausch, aux côtés de danseurs venus de quatorze pays africains. Une expérience marquante, à la hauteur de ses ambitions, qui l’inscrit dans une dimension internationale.
En 2025, une nouvelle étape est franchie avec l’obtention de la bourse de l’Académie des Beaux-Arts de Paris pour son projet Corps 100 Tabous. Une œuvre transdisciplinaire mêlant danse et photographie, dans laquelle il prolonge sa recherche autour du corps comme espace de narration et de tension. Car chez Babacar Mané, l’image n’est jamais figée : elle capte le mouvement, en révèle les traces, les suspensions, les silences.
Malgré ce parcours impressionnant, l’artiste garde un regard lucide sur son environnement. Il dénonce notamment le manque de visibilité dont souffrent encore les danseurs issus de la scène hip-hop. Selon lui, l’absence de plateformes adaptées freine leur évolution et limite leur rayonnement à l’international. Un constat qui résonne comme un appel à repenser les espaces de diffusion et de valorisation de la culture urbaine au Sénégal.
À la nouvelle génération, Babacar Mané adresse un message clair : se former, rester curieux et refuser les étiquettes. Pour lui, la clé réside dans la liberté de création et la fidélité à sa propre vision. Car au-delà des tendances et des attentes, c’est dans l’authenticité que naissent les trajectoires durables.
Avec un parcours déjà riche et une vision profondément ancrée dans son époque, Babacar Mané incarne cette nouvelle génération d’artistes africains qui redéfinissent les contours de la danse contemporaine. Entre enracinement local et ouverture internationale, il trace son chemin avec exigence, sincérité et audace; imposant, pas à pas, une signature artistique qui ne laisse personne indifférent.